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Sep 11

Créateurs de Géants – L'atelier où naissent les géants (Nord-Eclair)

Publié le vendredi 05 juin 2009 à 06h00 – Nord-Eclair
par Marie Tranchant – Photo : Hubert Van Maele


Dorian Demarcq nous a ouvert les portes de son atelier de géants à Wazemmes, où il finit les «chapons-jupons» pour Marquette-Lez-Lille. Rue Paul-Lafargue, à Wazemmes, Dorian Demarcq a installé son atelier. Un lieu magique où prennent vie des géants, ou des « chapons-jupons », des personnages en osier et en carton symboles de nos fêtes régionales. Visite et découverte d’un artisanat qui perdure.

On se sent tout petit en entrant dans cet atelier. Parce que tout y est disproportionné, même la géante pour les enfants nous dépasse de plusieurs têtes. Parce que c’est comme un grenier mystérieux, de ceux qu’on a envie de fouiller, comme ceux de notre enfance, qui promettaient des trésors par milliers. Dorian Demarcq y a installé son bric-à-brac, outils, livres, souvenirs, moules, et travaux en cours. Avant de pousser la porte, on ne s’attend pas à un tel univers, dans la maison de la rue Paul-Lafargue, à Wazemmes.
Plongé dans l’ambiance, on espère alors que le Lillois de 34 ans a rêvé, petit, lorsqu’il a vu les géants passer par la fenêtre, Gayant à Douai, Lyderic à Lille, et tous les autres. Mais Dorian Demarcq coupe court à l’imagination : « J’ai vu un ou deux géants, petit, qui m’ont fait un peu peur. » Alors comment devient-on le « papa » de géants si ce n’est par passion ? C’est
que la passion est venue plus tard. À Angoulême, lors du festival de la BD, curieusement. Venu pour travailler avec François Boucq sur une expo, après des études à l’Esat de Roubaix en aménagement d’espaces, il y rencontre Stéphane Deleurence, créateur de géants de son métier. De fil en aiguille, une collaboration naît entre ces deux-là.

Patrimoine

« Au départ, j’avais une vision poussiéreuse, passéiste de la chose, mais c’est en fait très contemporain. » Passés de mode, les géants ? Certainement pas. Depuis 1999, Dorian en a créé une vingtaine, pour Lille ou ailleurs, avec parfois des mois de travail. Car de la vannerie à la sculpture, le métier demande d’être polyvalent, et patient.
C’est que les géants sont faits pour durer, nous rappelle l’artisan. « Ils passent les âges, n’ont jamais disparu, souffle-t-il.
Contrairement aux compagnies qui sont invitées lors d’événements culturels dans des villes, eux ne repartent pas. » Et constituent, petit à petit, le patrimoine de la ville. Les personnages font partie de la vie festive d’une ville ou d’un village, on leur consacre des jours entiers, mais aussi des livres, des films, porter un géant est une responsabilité, un honneur.
Et ça peut commencer dès le plus jeune âge, celui où on fouille dans les greniers, à la recherche du meilleur déguisement qui soit. Justement, celui que prépare actuellement Dorian Demarcq devrait plaire aux petits. Pour la Fête des chapons, de Marquette-Lez-Lille, il a créé deux « chapons-jupons », que des enfants de 8 ou 9 ans enfileront, tels des jupes, dimanche 14juin. « Cette fête est associée à la géante Jeanne de Flandre, mais nous voulions aller plus loin... explique le maire Jean Delebarre. Ce sont des chapons portables, c’est une première ! » Depuis début mai, Dorian Demarcq y travaille : plans, croquis, puis sculpture, qui doit convenir aux enfants. Et entre dix et quinze couches de papier, pour que l’objet reste léger. Il faudra ensuite le renforcer, le colorer, avec des produits les plus naturels possible. Avant de s’en séparer. Et là encore, leur créateur balaye les idées reçues : « Ce sont des objets faits pour partir, il n’y a pas de signature, je ne possède pas de géant, et ce sont aux villes, aux associations de les faire vivre ! Mais on me demande souvent si je suis triste quand je m’en sépare… » Peut-être parce que, nous, on a un peu de mal à les voir s’éloigner ?

http://www.atelierdesgeants.com