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Mar 08

Tourcoing – Dans les pas de Tisje Tasje (Nord-Eclair)

Publié le dimanche 28 février 2010 à 06h00
Mathieu Thuillier


Ouverture en fanfares, hier, à Tourcoing qui fête ce week-end les géants du Nord. Parmi les invités, Tisje Tasje et sa famille, venus d’Hazebrouck. Entrez dans la danse, avec Alain Vandycke, qui porte le géant d’osier depuis 30 ans.

« Allez les gars, on avance ! » La musique de Steenbecque donne le ton.
Tempes grisonnantes, regard clair, et « un bon dos », Alain Vandycke, 50 ans, se glisse sous la robe d’osier de Tisje Tasje. Trente piges qu’il porte le géant d’Hazebrouck, beau bébé de 4m30 et de 80kg « par temps sec, 120 tout mouillé. » Par chance, cet après-midi, le ciel de Tourcoing se retient. En binôme avec son beau-frère, Philippe Bailleul, « comme la ville », lui-aussi la cinquantaine et une sacrée dose de gouaille, il participe à son 4e week-end géants dans la cité du Broutteux.
Mais dans leur sillage, c’est toute la famille de Tisje Tasje qu’ils emmènent. Il y a là Toria, son épouse, et leurs enfants Babe Tisje et Zoon Tisje, le p’tit dernier, venu au monde en 1998.
« Porter Tisje Tasje, c’est un honneur ! »
Place des Phalempins, hier, sur le coup de 15h. Sous sa vareuse bleue, la barbe bien fournie et la pipe à la main, Tisje Tasje a fière allure. « Il représente Jean-Baptiste Vangrevelinghe, qui a réellement existé de 1765 à 1842 », rapporte Martine Salomon, présidente de l’association philanthropique les Amis de Tisje Tasje, fondée en 1928 et chargée d’organiser des festivités en aide « aux misères cachées. » Tisje pour Baptiste, Tasje pour les tasses que ce colporteur de la Lys à Dunkerque, par ailleurs écrivain de poèmes et de pièces de théâtre, vendait de ferme en ferme.
La première fois qu’il a soulevé le géant d’Hazebrouck, le premier de l’après-guerre dans la région (il est né en 1947), l’un des plus connus aussi après les « historiques » Gayant à Douai et Reuze papa et maman à Cassel, Alain Vandycke s’en souvient avec émotion. « Porter Tisje Tasje, ça prend au coeur. C’est un honneur. » Il était venu pour remplacer un copain, il est resté. Et maintenant que ses enfants sont partis, il y consacre une douzaine de week-ends par an. « L’ambiance est bonne, conviviale. On croise du monde. C’est une grande famille. » Pierre Perret, Village People ou la musique de Shrek, la fanfare de Steenbecque, village flamand posé à 6 km d’Hazebrouck, fait dans l’éclectisme. Derrière, dans la montée de la rue de Gand qui conduit au centre-ville de Tourcoing, on suit. Pas de temps mort. Quand retentit l’air de Tisje Tasje, Alain et Philippe passent le relais. « Nous on marche, les jeunes le font danser. C’est physique. » Et tant pis si la relève ne manque pas de chambrer les « vieux ». Ça reste bon enfant. « L’association compte 12 porteurs », précise Martine Salomon, dont une femme qui accompagne son conjoint sur les sorties.
Le temps fort du défilé, c’est le rigodon sur la Grand-Place, le final quand Tisje Tasje et la trentaine de géants invités dansent ensemble dans une chorégraphie improvisée et endiablée, avec l’église Saint-Christophe pour horizon. Alain Vandycke jette ses dernières forces dans la mêlée avant le retour à la maison. Ce soir, Tisje Tasje et sa famille retrouveront le musée d’Hazebrouck et la salle des traditions populaires où l’on peut leur rendre visite toute l’année. N’y allez pas le dimanche 14 mars. C’est noté sur l’agenda d’Alain et de son beau-frère. Ce jour-là, c’est dehors que vous les retrouverez pour le cortège historique de la mi-carême. Avant le carnaval, le 28 mars.

Tourcoing voit la vie en géant et réinvente le genre

Le week-end Géant, c’est d’abord un concept et une envie, celle de renouveler un genre, les traditionnels défilés de géants. Sortir des fêtes « plan-plan ». Alors aux fiers géants du Nord et de Belgique, les Tisje Tasje, les Cambrinus et autres Duc d’Havré ou Jean le Bûcheron, les organisateurs ont eu l’idée géniale d’associer des fanfares pas comme les autres. Funkies l’année dernière, les jazz-bands explorent cette fois le répertoire sixties avec la volonté de débrider la fête. Il suffisait, hier, d’écouter le jazzgang de l’afro-rock des Costards, arrivé en Cadillac, ou le Trouba Ch’ti Orchestra, dont les sons sont inspirés des films de Kusturica pour vous donner envie de swinguer ou d’entrer dans la farandole. En plus, c’est gratuit et ça fonctionne. Il fallait voir le monde dans le centre-ville de Tourcoing. On s’est massé sur le bord des trottoirs pour applaudir les géants. On a mis les gamins sur les épaules. On a sorti les confettis et les appareils photos. Les plus téméraires ont esquissé un pas de danse. Et à 20h, sous le chapiteau de L’Etoile rouge, tout droit sorti des années 60 et dans une chouette ambiance rétro, c’est le concert des Touffes Krétiennes qui a mis un point final à la première journée du week-end.Rebelote ce dimanche, donc. Départ de la parade à 15h, parc Clemenceau. Rigodon final à 16h30 sur la Grand-Place, puis à 19h, toujours Grand-Place, l’harmonie de la Croix Rouge revisitera l’univers d’Ennio Morricone et les classiques jazz et New-Orleans. En à peine quatre éditions, le week-end géant s’est pleinement inscrit dans le calendrier tourquennois. Incontournable.

Pour sa quatrième édition, le week-end géant propose un vrai défilé dans les rues de Tourcoing et ne s’arrête pas au centre-ville.4Le rigodon final est un superbe spectacle où, en rythme, les géants enchaînent les pas de danse. A voir.4Le mélange des genres entre la tradition des géants et les fanfares au look plus décalé. Même si on aurait préféré que, comme l’an dernier, plutôt que de lui succéder, celles-ci s’intercalent dans le défilé. L’alerte météo qui place le département en vigilance orange jusqu’à ce soir 21h et qui menace le déroulement des festivités aujourd’hui. Dans le défilé, on a croisé Klimato, le géant sur roulettes des Verts, créé à l’occasion du sommet de Copenhague. Est-ce là vraiment sa place ?