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Mar 02

Bailleul (F) – Gilles Blaevoet, gardien des traditions, veille sur le succès du carnaval (La Voix du Nord)

Logo_VDNPublié le 01/03/2014
Par Raphaëlle Remande – Photo La Voix du Nord

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Gilles Blaevoet, rentré dans la Société philanthropique à 19 ans, en est le président depuis 2012.

Gilles Blaevoet est la preuve vivante qu’un carnavaleux n’est pas forcément quelqu’un à la gouaille extravagante, au rire gras, la plume de boa traînant au revers de la veste. C’est un homme intensément posé, voire discret, qui chapeaute d’une main ferme la mécanique bien huilée du carnaval de Bailleul. Élu il y a deux ans président de la Société philanthropique, celui qui est profondément passionné des traditions du mardi gras, est tombé dans la marmite tout jeune.

Passer du temps avec Gilles Blaevoet à quelques jours du carnaval, c’est prendre toute la mesure du sacerdoce qu’est la fonction de président. Ce soir-là, on le retrouve au fond du hangar où roupille Gargantua et Gilles Blaevoet nous accueille dans son caractéristique manteau rouge de la Philanthro, le téléphone portable à la main, qui ne cesse de s’agiter. « Excusez-moi, je vais répondre. » Cette fois-là, c’est une entreprise de la cité de Mélusine qui doit faire passer des camions mardi. « Le cortège passe à cette heure-là… Oui, j’ai des hommes au bout de la rue. » L’organisateur prend le temps d’expliquer, acquiesce.

« Venir en aide »

De la pression, ce poste ? « Forcément, oui, nous sourit Gilles Blaevoet. Mais il faut essayer de ne pas s’en mettre. Hier, quand on est sorti de réunion, on s’est dit qu’on avait tout vu. Bon… cela ne m’a pas empêché de me réveiller cette nuit. » L’homme réfléchit puis insiste : « C’est au-delà de ce que je pensais mais je l’ai choisi. » En 2012, quand Christophe Fruleux qui a été président inamovible pendant vingt ans passe la main, Gilles Blaevoet, rentré à 19 ans à la Philanthro et secrétaire depuis des années, se propose tout naturellement. « Un poste de président, ça ne se décide pas comme ça. Je savais que d’un point de vue professionnel, je pouvais me le permettre, raconte celui qui est dessinateur industriel dans un bureau d’études. Mes deux enfants sont grands. La première personne à qui j’ai posé la question, c’est ma femme. »

Si l’homme de 45 ans parle d’engagement, c’est parce qu’il est infiniment attaché à cet aspect. « La Société philanthropique, ça veut dire quelque chose, nous ne sommes pas que l’organisation, insiste-t-il. Le but à l’origine de tous les carnavals, c’est de quoi s’amuser et venir en aide à ceux qui en ont besoin. »

C’est aussi par ce biais qu’il est tombé dans la marmite. Un père dans la Philanthro et un grand-père quêteur, il s’est retrouvé « un tronc dans les mains » dès ses 12 ans. Faire du porte-à-porte, s’investir, lui a plu. Et bien sûr le carnaval, cette convivialité, les géants, ces retrouvailles « avec des gens qu’on voit cinq jours par an ».

De carnaval, celui qui dit qu’il « n’est pas un saint mais sait toujours se tenir » n’en a jamais raté. Il en a écourté un lorsqu’il faisait son service militaire : « Le dimanche soir à la fin du cortège, rentrer déposer son costume pour aller prendre le train… pffff, là c’est difficile. »

Dans le hangar où sommeillent encore les chars, le téléphone s’agite. Gilles Blaevoet réajuste ses lunettes et décroche. Un groupe demande s’il peut venir. Mais tout, dans l’organisation, est millimétré. Les participants sont définis en juin. L’année dernière, l’un des chars avait été « rappelé à l’ordre ». « Il n’y avait plus beaucoup de membres. À la Société philanthropique, on trouvait que cela ne faisait pas sérieux… »

Des mesures qui peuvent paraître très (trop ?) sévères mais qui sont pleinement assumées. « Si on n’est pas rigoureux, c’est au détriment du spectacle. Et il faut que la rigueur soit transparente pour le public. » D’ailleurs, quand on évoque le président en ville, on entend : « Gilles, c’est le gardien des traditions ! » L’homme attaché à conserver « la même trame depuis 160 ans » tient par exemple cette année à relancer le concours d’intrigue, l’une des spécificités historiques de Bailleul.

Et s’il sera dans le costume du gendarme tout le week-end, il vibre intérieurement en chœur avec tous les carnavaleux. « C’est ce que je dis à chaque réunion, on est exigeant avec les groupes mais ils nous le rendent bien. Je fais beaucoup de cortèges et à Bailleul, c’est vraiment du très haut niveau. » Sous la barbe et les lunettes, un grand sourire lui illumine le visage. Sur la table, le téléphone re-sonne.

Gilles Blaevoet est la preuve vivante qu’un carnavaleux n’est pas forcément quelqu’un à la gouaille extravagante, au rire gras, la plume de boa traînant au revers de la veste. C’est un homme intensément posé, voire discret, qui chapeaute d’une main ferme la mécanique bien huilée du carnaval de Bailleul. Élu il y a deux ans président de la Société philanthropique, celui qui est profondément passionné des traditions du mardi gras, est tombé dans la marmite tout jeune.

Passer du temps avec Gilles Blaevoet à quelques jours du carnaval, c’est prendre toute la mesure du sacerdoce qu’est la fonction de président. Ce soir-là, on le retrouve au fond du hangar où roupille Gargantua et Gilles Blaevoet nous accueille dans son caractéristique manteau rouge de la Philanthro, le téléphone portable à la main, qui ne cesse de s’agiter. « Excusez-moi, je vais répondre. » Cette fois-là, c’est une entreprise de la cité de Mélusine qui doit faire passer des camions mardi. « Le cortège passe à cette heure-là… Oui, j’ai des hommes au bout de la rue. » L’organisateur prend le temps d’expliquer, acquiesce.