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Mar 19

Tourcoing (F) – Le week-end géant dans les jupes d’Épona (La Voix du Nord)

Logo_VDNPublié le 08/03/2014
Adrien Delerue

VDN_tourcoing-WE-Geant _2014Hier, c’était la Journée de la femme, alors ils ont élevé leur géante, Epona 75 kg, avec plus d’entrain. Récit d’un après-midi de porteurs dans les rues de Tourcoing lors du Week-end géant qui se poursuit ce dimanche.

14 h 50 : Le soleil tape. Une dizaine de géants patientent à l’ombre des arbres de la place Sainte-Anne, dans le quartier du Brun Pain. Nos yeux s’arrêtent sur une dizaine de tee-shirts flashy estampillés « Épona ». Sylvain s’approche. On ne voit que ses dorsaux : « Je suis l’un des porteurs de cette jolie jeune femme de trois mètres cinquante ! », sourit-il. On l’aurait deviné. Autour de Sylvain, deux hommes ont la blague facile : Michel, l’autre porteur, et Laurent, l’homme au bonnet de saltimbanque. Tous sont arrivés de Villeneuve d’Ascq vers 13 heures. Et tous n’attendent qu’une chose : « Que ça commence ! »

15 h : C’est parti. Symboliquement, pour les premiers deux cents mètres, c’est Anthony, fils de Sylvain, qui porte les 75 kilos de la géante sur ses épaules d’ado de 15 ans. Facile. Ou pas (lire ci-contre). La parade se met en place. En milieu de peloton, la géante villeneuvoise précède une fanfare irlandaise. Quinze hommes en kilt dans le dos, ça donne du baume au cœur, c’est sûr.

15 h 15 : Premier relais. Anthony s’extirpe de la jupe d’Épona, pas essoufflé, le maillot un peu trempé. Son papa entre en scène. Devant, Laurent fait de grands gestes : « Va un peu plus à droite, y a une plaque d’égout ! » Un peu plus tard, l’homme confie son amertume. Porteur depuis douze ans, il doit passer son tour aujourd’hui : « Tout ça à cause de ce problème de dos, fulmine-t-il. Mais pour me venger, j’ai trois kilos de confettis dans mon sac. » Simple spectatrice du spectacle, cette dame à la chevelure bouclée n’avait pourtant rien demandé…

15 h 30 : « Non, y a pas moyen. » L’important, c’est d’essayer. Tiphaine, la fille de Laurent, ne portera pas Épona. Le dénivelé de la rue du Brun-Pain exige beaucoup d’efforts. « Faut avoir les reins solides ! », souffle Michel, à travers la petite fenêtre de fortune implantée dans le ventre de la géante. « Ça va, c’est un petit parcours de 2 km, on a connu pire, relativise Sylvain. Et il y a beaucoup moins de vent que la semaine dernière, à Lesquin. »

15 h 33 : « Eh bin moi, quand je serai grande, je porterai aussi Épona ! » Signé Morgane, 10 ans, fille de Sylvain. Une histoire de famille, on vous l’a dit.

15 h 55 : Le cortège entre rue de Wailly. Il y a de plus en plus de monde au bord de la route et Épona multiplie les révérences. « La foule ne lui fait pas peur ! », plaisante Laurent. Pour cause : la géante villeneuvoise, déesse gauloise de la fertilité (si, si), a quatorze ans de défilés derrière elle. Et un fait de gloire télévisuel, aussi, sur le plateau de Michel Drucker, pour l’émission Vivement dimanche !, au moment de la sortie de Bienvenue chez les Ch’tis.

16 h 10 : Le nombre de relais s’accentue chez les tee-shirts oranges. La fatigue gagne les organismes. Les pavés de la rue Saint-Jacques, couplés à quelques rafales de vent, n’aident pas Sylvain « l’increvable », qui en viendrait presque à regretter qu’il n’y ait pas « l‘option tabouret, là-dessous, pour les pauses ».

16 h 18 : Place de la République. « Regardez au loin les enfants, on voit l’hôtel de ville ! », crie Sylvain. C‘est la dernière ligne droite. Les géants sont accueillis par une foule en délire ! Bon. Peut-être pas. Mais il y a du monde. Et Laurent jubile : « Toutes ces personnes qui applaudissent, c‘est notre récompense. On aime quand ça vit autour ! »

16 h 40 : « Le rondo final est mon moment préféré ! » Sous la jupe, Michel est aux anges. À l’instar de vingt autres porteurs, il fait gesticuler sa géante dans tous les sens au bruit des tambourins de l’harmonie. Les soixante-quinze kilos ne lui auront jamais semblé aussi légers.

J’ai testé pour vous

L’histoire qui suit est la conséquence directe d’une question, la mienne : porter un géant, comment on fait ? Plutôt que de le raconter, Sylvain et ses amis de Villeneuve-d’Ascq m’ont sommé d’essayer. « Faut juste avoir les reins solides, vous verrez ! » Mon défi se nomme Épona : trois mètres cinquante pour soixante-quinze kilos. Pour rejoindre le poste de pilotage, au niveau de la jupe de la géante, il faut se courber, avancer au maximum, fixer ses épaules au niveau de deux reposoirs, puis placer ses mains sur des barres métalliques. À hauteur de vue, une petite lucarne donne sur l’extérieur. Elle fait du bien, d’ailleurs, car on se sent drôlement à l’étroit là-dedans. « Maintenant, redressez-vous d’un coup ! », ordonne Michel. Je m’exécute. Sur le coup, ça semble facile. Mais Épona manque de basculer vers l’avant. Les Villeneuvois me sauvent la mise. Je ne trouve pas mon équilibre et peine à faire quelques pas. Le poids m’emporte et je perds le contrôle. J’abandonne. « Pour être porteur, me dit Laurent, il faut aimer faire la fête, avoir le sens de la convivialité, et être un peu sportif. » Je pensais avoir les trois. Je vais peut-être aller remuscler mes dorsaux, en fait. A. D.